Entre lac turquoise et sommets calcaires, Annecy offre un terrain de marche exceptionnel, du promeneur dominical au randonneur aguerri. Des belvédères vertigineux du Roc de Chère aux crêtes aériennes du Mont Veyrier, en passant par l’ascension technique de la Tournette, les itinéraires couvrent tous les niveaux de difficulté. Voici six idées de randonnée pour explorer les massifs des Bornes et des Bauges, avec des panoramas grandioses, une biodiversité préservée et un patrimoine historique unique.
La Tournette : le trône calcaire du lac d’Annecy
Dominant le lac de plus de 1 700 mètres, la Tournette culmine à 2 351 mètres d’altitude et constitue le point culminant du bassin annécien. Cette ascension, réservée aux marcheurs confirmés, se mérite vraiment. Elle demande un pied sûr et une absence totale de vertige, surtout dans sa partie finale. Le sommet, surnommé le Fauteuil, est accessible par des passages équipés de chaînes, de câbles et d’échelles de fer scellées dans la roche. Par temps humide, ces sections deviennent particulièrement délicates.
L’itinéraire classique démarre depuis le chalet de l’Aulp, sur la commune de Montmin, pour un dénivelé positif de 900 à 1 400 mètres selon le point de départ exact. La montée traverse des alpages où paissent les vaches, puis longe des crêtes rocheuses avant d’attaquer l’arête sommitale. Les randonneurs y croisent régulièrement des bouquetins, peu farouches, emblèmes de la faune alpine. La durée moyenne de l’aller-retour est estimée à 6 ou 7 heures de marche au départ du parking des Prés Ronds. Un départ avant 8 heures est vivement conseillé pour éviter l’affluence estivale et la chaleur sur les versants exposés.
Au sommet, le panorama à 360° embrasse le massif du Mont-Blanc, les Aravis et les Bauges. En juin 2026, des névés peuvent encore persister dans les couloirs, ce qui impose une vigilance accrue. Des bâtons de marche sont recommandés pour sécuriser la descente, souvent technique dans les éboulis. Malgré sa popularité, cette sortie reste une course de montagne qui demande un équipement complet.

Mont Veyrier et Mont Baron : les balcons panoramiques
Accessibles directement depuis les rives du lac, le Mont Veyrier (1 291 m) et le Mont Baron (1 299 m) offrent l’une des plus belles vues plongeantes sur Annecy et son lac. L’itinéraire de crête qui les relie est un classique pour les Annéciens en quête d’une sortie rapide et spectaculaire. Le départ depuis le Petit Port, à Annecy-le-Vieux, permet une montée directe en sous-bois, dans une hêtraie qui offre une ombre bienvenue en été.
La traversée entre les deux sommets est aérienne, avec des passages rocheux qui demandent de la prudence, surtout après la pluie. Le sentier débouche sur le Mont Baron, où l’on peut observer les vestiges de l’ancien téléphérique qui reliait autrefois le lac au sommet. La plateforme en béton qui subsiste rappelle cette époque révolue. Depuis 2024, l’accès motorisé aux cols du Pré Vernet et des Contrebandiers est interdit. Le site reste plus sauvage, et l’effort demandé aux randonneurs s’en ressent.
Une boucle classique de 13 kilomètres pour environ 850 mètres de dénivelé positif peut être réalisée depuis Veyrier-du-Lac. Le Col des Sauts, lieu de décollage des parapentistes, constitue une pause idéale pour contempler le lac et les massifs alentour. Cette randonnée est particulièrement appréciée au coucher du soleil, à condition de prévoir une lampe frontale pour la redescente. Il est également possible de redescendre par le sentier botanique, qui offre une alternative plus douce.
Le Roc de Chère : une immersion en réserve naturelle
Classé réserve naturelle depuis 1977, le Roc de Chère est un massif calcaire et gréseux de 68 hectares qui s’avance dans les eaux du lac, entre Menthon-Saint-Bernard et Talloires. Le site protège une alternance marquée de microclimats : des vallons frais et humides côtoient des crêtes sèches à la végétation presque méditerranéenne, où poussent des chênes pubescents et des pins sylvestres. La richesse écologique est remarquable, avec la présence de tritons, de salamandres et de mousses rares.
La fréquentation du Roc de Chère a atteint un record en 2025, avec près de 180 000 visiteurs enregistrés par les éco-compteurs installés sur la réserve. Face à cette affluence, le respect strict du balisage s’impose pour préserver les sols fragiles. La boucle familiale, longue de 6 kilomètres pour environ 200 mètres de dénivelé, se réalise en deux heures environ au départ du parking du golf de Talloires. Les sentiers serpentent dans la forêt avant de déboucher sur des belvédères non sécurisés, qui offrent une vue plongeante de 200 mètres sur la baie de Talloires et le château de Duingt.
Ce parcours est idéal pendant les journées de canicule grâce à son couvert forestier dense. Il est toutefois conseillé d’éviter la période de nidification, d’avril à juin, pour ne pas déranger la faune ailée. La baignade est interdite dans la réserve, mais les plages de Menthon et de Talloires permettent de se rafraîchir après la marche.
Le Semnoz : le balcon des Alpes à 360 degrés
Surnommé la « montagne aux Annéciens », le Semnoz appartient au Parc naturel régional du Massif des Bauges. Contrairement aux sommets escarpés des Bornes, il offre un relief vallonné et herbeux, ce qui le rend accessible même aux plus jeunes. Le point culminant, le Crêt de Châtillon à 1 699 mètres, dévoile un panorama exceptionnel : par temps clair, la vue porte du Mont-Blanc au massif des Écrins, en passant par le lac du Bourget.
Depuis les parkings supérieurs, une boucle facile du plateau peut se réaliser en 1 heure 40 pour un dénivelé négligeable. Les sentiers sont jalonnés de panneaux d’information sur la flore alpine et la vie pastorale. L’été, les vaches de race Abondance paissent dans les immenses alpages, et il est possible de déguster du Reblochon ou de la Tome des Bauges directement à la ferme. En 2026, des navettes gratuites sont mises en place depuis Annecy pour encourager les randonneurs à laisser leur véhicule, limitant ainsi l’empreinte carbone sur ce site sensible.
Pour les marcheurs plus sportifs, la montée depuis Quintal ou le vallon de Leschaux offre des itinéraires plus engagés, à travers des forêts de sapins. Le Semnoz est également un spot prisé pour les levers de soleil derrière la chaîne des Alpes. Les activités ne manquent pas : VTT, luge d’été, et même une tyrolienne géante pour les amateurs de sensations.
La cascade d’Angon : fraîcheur et sensations fortes
Nichée dans un canyon calcaire étroit, la cascade d’Angon jaillit d’une hauteur de 60 mètres et fait partie des randonnées les plus immersives de la rive est du lac. Le sentier grimpe d’abord vigoureusement à travers une forêt dense avant de rejoindre une vire rocheuse taillée dans la paroi. Cette section finale, équipée de rambardes métalliques, impressionne vraiment : l’eau ruisselle sur la roche tandis que le lac scintille en contrebas, avec le château de Duingt en ligne de mire.
L’accès est très court depuis le hameau de Vérel, sur la commune de Talloires-Montmin : 1,3 kilomètre pour un aller-retour de 45 minutes. Mais la brièveté du parcours ne doit pas faire oublier les dangers : l’humidité constante rend les dalles calcaires extrêmement glissantes, et des chaussures à l’adhérence irréprochable sont indispensables. La fraîcheur qui se dégage du canyon est un luxe lors des étés caniculaires. Les randonneurs peuvent aussi observer les pratiquants de canyoning s’élancer en rappel dans la cascade, une activité emblématique du site.
La baignade est strictement déconseillée dans la cascade même, pour des raisons de sécurité, mais la plage d’Angon, au bord du lac, attend les marcheurs à leur retour. Pour prolonger la sortie, il est possible de monter jusqu’à l’Ermitage Saint-Germain, qui offre une vue encore plus aérienne sur le lac.

Le plateau des Glières : mémoire et grands espaces
À environ 34 kilomètres d’Annecy, le plateau des Glières est bien plus qu’une destination de randonnée : c’est un haut-lieu de la Résistance française. Situé dans le massif des Bornes, à 1 450 mètres d’altitude, ce plateau isolé a servi de base aux maquisards en 1944. Aujourd’hui, les marcheurs parcourent ces vastes étendues dans un silence respectueux, guidés par des sentiers thématiques qui racontent la vie des résistants.
Un sentier de découverte historique, très facile, se réalise en 1 heure 30 pour un dénivelé de seulement 50 mètres. Il est jalonné de panneaux explicatifs et mène au Monument national à la Résistance, œuvre monumentale d’Émile Gilioli. Le plateau est également classé Espace naturel sensible sur 450 hectares, protégeant des tourbières rares et une faune montagnarde fragile. Les randonneurs plus aguerris peuvent s’engager sur des sentiers plus techniques, comme la montée vers les chalets des Auges à 1 822 mètres, qui offre une vue imprenable sur la chaîne des Aravis et le Mont-Blanc.
Le terrain est globalement plat sur le plateau, ce qui en fait un lieu privilégié pour les sorties familiales. Les auberges du plateau proposent des spécialités savoyardes authentiques, comme la tartiflette ou la croûte au fromage, pour conclure la journée. L’hiver, le site se transforme en domaine nordique, mais c’est en été que l’on peut pleinement apprécier le monument sous une lumière éclatante et la quiétude des alpages.















