Si vous cherchez un territoire où la Bretagne se lit dans les chaos granitiques, les criques discrètes et les forêts profondes, la baie de Morlaix, dans le nord du Finistère, offre des randonnées pédestres qui racontent l’histoire, la géologie et les marées. De la ville aux crêtes des Monts d’Arrée, voici sept parcours à arpenter cet été 2026, pour tous les niveaux et toutes les envies de grand air.
1. Le circuit des venelles : l’histoire de Morlaix à fleur de marches
Au creux de l’estuaire, Morlaix se dévoile à qui accepte de grimper. Le circuit des venelles fait de la cité un parcours vertical, où chaque escalier ouvre sur un point de vue. Le parcours complet, proposé sur Visorando, affiche environ 11,47 km pour un dénivelé positif de 213 m. Les pavés guident le marcheur à travers les quartiers historiques, des hauteurs de l’ancien couvent des Jacobins jusqu’à la Manufacture des Tabacs, aujourd’hui espace culturel.
Le viaduc de Morlaix s’impose vite. Long de 292 m et culminant à 62 m au-dessus des quais, il impose sa silhouette monumentale. Les maisons à Pondalez, elles, racontent l’âge d’or du lin. Ces demeures à pans de bois, traversées par un escalier central et une cour intérieure, se découvrent en levant les yeux, surtout rue Ange-de-Guernisac. La randonnée urbaine exige une bonne paire de chaussures : les pierres peuvent être glissantes, et l’enchaînement des marches sollicite les mollets. À mi-parcours, des jardins monastiques offrent une respiration végétale. Le circuit vaut autant pour l’effort physique que pour la lecture architecturale d’une ville construite en étages.

2. Le tour de la presqu’île de Carantec : le balcon de la baie
À une dizaine de kilomètres au nord de Morlaix, Carantec étire ses pointes rocheuses dans le Parc Naturel Régional d’Armorique. Le sentier des douaniers, le fameux GR34, enlace la presqu’île et fait le tour du littoral. Le tour complet totalise 23 km de sentiers côtiers, d’après l’office de tourisme de la baie de Morlaix, mais une version courte de 7 km va à l’essentiel.
L’itinéraire long garde en vue le Château du Taureau et le phare de l’île Louët. Depuis la pointe de Pen-al-Lann, le regard embrasse la rivière de Morlaix et les parcs à huîtres. Ici, on marche entre deux eaux : plages de sable blond, comme celle de Tahiti, et prairies gorgées d’iode. Les jumelles sont utiles pour observer les sternes et les tadornes de la réserve ornithologique. Sur la section Morlaix–Carantec, le dénivelé cumulé atteint 475 m, signe d’un relief qui, sans être alpin, travaille les cuisses. L’équipement reste classique, mais un coupe-vent reste bienvenu face aux bourrasques du large.
3. L’île Callot : la randonnée rythmée par les marées
Callot, rattachée à la commune de Carantec, ne se laisse conquérir qu’à la faveur de la marée basse. L’accès se fait par une chaussée submersible longue de 760 m, praticable environ deux heures avant et deux heures après la basse mer, selon l’amplitude du jour. Celui qui oublie la règle peut se retrouver coincé sur l’île, le temps que la mer redescende.
Une fois sur place, le contraste saute aux yeux. L’île déroule une silhouette d’hippocampe où alternent champs de primeurs, prés salés et criques de granit. Le chemin principal mène à la chapelle Notre-Dame de Callot, coiffée d’un petit clocher qui guide les marins. Aucune route bitumée, aucune voiture : le rythme n’est dicté que par le clapotis des vaguelettes et le cri des goélands. La marche est facile, idéale pour les familles, à condition de consulter les horaires de marée affichés au port de Carantec ou disponibles en ligne. Le retour, en fin d’après-midi, offre un beau moment : la chaussée, juste avant d’être recouverte, file sous les pas dans un paysage de miroirs scintillants.
4. La pointe de Primel à Plougasnou : le chaos rocheux sauvage
À l’est de la baie, la Pointe de Primel oppose une résistance minérale à l’océan. Classée en zone Natura 2000 pour la richesse de ses landes et de sa faune, cette avancée de granit rose est un site géologique fragile. Le sentier est relativement court, moins de 3 km, mais il serpente dans un chaos de boules monumentales sculptées par l’érosion.
L’ancien corps de garde du XVIIIe siècle, perché sur le rocher central, rappelle la fonction défensive du site contre les incursions anglaises. Depuis ce promontoire, la vue à 360° balaie toute la baie de Morlaix jusqu’au phare de l’Île-de-Batz. Les photographes s’y installent tôt le matin, lorsque la lumière rasante enflamme la pierre. Le parcours exige de bonnes chaussures à semelle crantée, car les passages entre les blocs peuvent être glissants après la pluie. Le lieu se mérite : il n’y a ni boutique ni buvette. Juste le vent, les ajoncs et une sensation de bout du monde qui marque l’esprit bien après la marche.
5. Le grand cairn de Barnenez : marche vers la préhistoire
Sur la rive droite de la rivière, à Plouezoc’h, le sentier littoral contourne le plus grand tombeau mégalithique d’Europe. Le Cairn de Barnenez, édifié vers 4500 av. J.-C., impose ses dimensions impressionnantes : 75 m de long, 28 m de large et une accumulation de pierres sèches qui évoque le savoir-faire néolithique. La visite du site, géré par le Centre des Monuments Nationaux, se combine à une marche facile sur la presqu’île de Kernelehen.
On ne pensait pas trouver un tel monument en pleine nature bretonne, et puis la vue sur la mer…
témoigne une visiteuse croisée en juillet dernier
Le chemin, relativement plat, offre des perspectives sur le Château du Taureau et les îlots de la baie. Des panneaux d’interprétation ponctuent le parcours, détaillant la fonction funéraire du cairn, bien antérieure aux pyramides égyptiennes. L’itinéraire, praticable en baskets, se prête à une demi-journée de balade culturelle. Les amateurs d’ornithologie pourront également y observer des courlis cendrés sur l’estran, à condition d’emporter une paire de jumelles.

6. Les crêtes des Monts d’Arrée : changement de décor radical
Quittons le littoral. Une vingtaine de kilomètres au sud de Morlaix, les Monts d’Arrée imposent un autre langage. Ici, le granit se mue en schiste et le paysage bascule dans une lande percée de tourbières. Le GR de Pays des Monts d’Arrée trace une boucle de 220 km au départ de la cité finistérienne, mais une randonnée à la journée sur les crêtes du Roc’h Trevezel suffit déjà à en donner une bonne idée.
L’ascension du Roc’h, qui culmine à 385 m, dévoile un panorama à 360 degrés qui, par beau temps, s’étend du clocher de Saint-Pol-de-Léon jusqu’à la baie d’Audierne. La végétation rase est balayée en continu par les vents d’ouest. L’atmosphère est imprégnée de légendes : le Yeun Elez, la tourbière voisine, passait aux yeux des anciens pour l’une des portes de l’enfer. Côté pratique, le randonneur n’est jamais très haut, mais le climat change vite. Une veste imperméable, un bonnet et des gants ne sont pas superflus, même en août. L’effort est modéré, mais le sentiment d’isolement, au milieu des bruyères violettes et des ajoncs d’or, reste fort.
7. La voie verte Morlaix-Carhaix : la marche au calme des forêts
Pour ceux qui préfèrent avancer à plat et à l’abri du soleil, l’ancienne ligne de chemin de fer qui relie Morlaix à Carhaix est transformée en Voie Verte n°7. Les 49 km de parcours se parcourent par sections, depuis les quais du port de Morlaix jusqu’à la forêt de Coatélan. Le revêtement en stabilisé accepte poussettes, marcheurs et cyclistes dans un décor boisé.
L’itinéraire quitte rapidement l’animation portuaire pour s’enfoncer dans les vallées du Jarlot et du Tromorgant. Le tracé, ponctué d’anciens ponts et de gares désaffectées, épouse une pente régulière que même les mollets les moins entraînés pardonnent. L’ombre des hêtres et des chênes apporte une fraîcheur bienvenue en juillet. Les familles l’apprécient pour des allers-retours à vélo ou des marches digestives au crépuscule. La voie est aussi un trait d’union vers les circuits de randonnée de Plourin-lès-Morlaix, pour qui voudrait enjamber les collines intérieures. Un conseil : prévoyez de l’eau en quantité, car les fontaines y sont rares.
On a l’impression de marcher dans un tunnel de verdure, complètement déconnecté de la ville
confie un joggeur régulier















