Le long du canal de Caen à la mer, une voie verte parfaitement lisse file vers l’horizon. Elle promet une échappée à vélo simple et agréable au départ de la capitale du Calvados. De la quiétude des chemins de halage aux vallons plus marqués de la Suisse Normande, l’agglomération caennaise offre un réseau de boucles et de véloroutes adapté aux familles comme aux cyclistes aguerris. Voici six circuits pour explorer, d’un coup de pédale, entre terre et mer, mémoire et bocage.
1. La voie verte du canal : de Caen à Ouistreham
C’est l’itinéraire le plus couru, et pour cause : en partant du Bassin Saint-Pierre, en plein cœur de ville, on longe le canal jusqu’aux plages du Débarquement sur un ruban d’enrobé totalement plat. Cette voie verte de 15,7 kilomètres reprend l’ancien chemin de halage. Elle est si accessible qu’on y croise autant de vélos de route que de remorques familiales. En une heure à allure modérée, le paysage bascule de l’ambiance portuaire aux embruns maritimes.
Le trajet croise plusieurs repères historiques forts. Après le charmant Château de Bénouville, œuvre de Ledoux au XVIIIᵉ siècle, on débouche sur le Pegasus Bridge. Ce pont, premier ouvrage libéré en Normandie dans la nuit du 6 juin 1944 par les troupes aéroportées britanniques, impose une halte.
Franchir ce pont à vélo, c’est pédaler sur un symbole de la liberté retrouvée, et le musée adjacent, le Mémorial Pegasus, mérite amplement une visite.
Cette voie fait aussi partie de la Vélo Francette, qui relie Ouistreham à La Rochelle.
Sur la fin, le parcours débouche sur le port de Ouistreham Riva-Bella. Les cyclistes les plus endurants prolongent l’escapade sur la digue, face à la mer, jusqu’à la Pointe du Siège. Pour le retour, pas d’inquiétude : les jambes fatiguées peuvent reprendre la même voie, tout aussi agréable dans l’autre sens, ou prendre un bus du réseau Twisto. Certains bus de la ligne 12 sont équipés de porte-vélos pendant la belle saison.
2. La voie verte de la Suisse Normande : direction le sud
Si vous cherchez la fraîcheur des sous-bois plutôt que le vent du large, l’itinéraire sud est une bonne surprise. Dès la sortie de Caen, on traverse le poumon vert de la ville, la Prairie, avant de longer l’hippodrome pour s’enfoncer dans la vallée de l’Orne. Cette voie verte de 28,15 kilomètres jusqu’à Thury-Harcourt (Le Hom) est aménagée sur une ancienne voie ferrée. Le dénivelé reste très modeste : +73 mètres sur l’ensemble du trajet.

Le grand atout de ce tracé, c’est son isolement complet de la circulation automobile. Longeant les méandres non canalisés de l’Orne, il offre une ambiance sauvage ponctuée de points de baignade discrets pour les plus courageux. La forêt de Grimbosq, avec son parc animalier, constitue une pause idéale à mi-chemin. À l’arrivée, le paysage prend une autre ampleur : les premiers escarpements de la Suisse Normande se dressent.
L’itinéraire ne s’arrête pas là. Depuis Thury-Harcourt, les sportifs peuvent rallier Clécy en 10 kilomètres supplémentaires, un spot réputé pour l’escalade et le kayak. Le site des Rochers des Parcs offre alors un panorama qui tranche radicalement avec la douceur du bocage caennais. Le retour, sur ce bitume parfaitement lisse accessible aux rollers, se fait tout en douceur. À l’aller comme au retour, le calme est roi : c’est l’itinéraire favori des cyclistes qui aiment rouler sans un bruit de moteur à l’horizon.
3. La boucle de la vallée de la Mue : patrimoine et châteaux
On quitte les grandes véloroutes pour un circuit plus intimiste au nord-ouest de Caen. La boucle de la vallée de la Mue, d’environ 25 kilomètres, s’adresse aux cyclistes qui aiment associer l’effort à la découverte du petit patrimoine. Le point de départ peut se situer au Mémorial de Caen ou depuis la commune de Rots. L’itinéraire emprunte des routes de campagne peu fréquentées et des chemins ruraux qui serpentent entre les champs ouverts.
Cette échappée montre bien l’architecture locale en pierre de Caen. On traverse les villages paisibles de Cairon et Lasson, ponctués d’églises romanes et de lavoirs anciens. Le joyau du parcours reste le Château de Fontaine-Henry.
Sa toiture d’ardoise et sa façade Renaissance, que l’on aperçoit entre deux arbres, justifient à elles seules le détour par cette vallée moins connue des touristes.
La famille d’Oilliamson en a fait une demeure habitée et meublée, ouverte aux visites.
Le profil est ici plus vallonné que sur le canal. Quelques descentes rapides mènent au fond du vallon de la Mue, offrant un peu de fraîcheur. Cet itinéraire exige toutefois un équipement adapté. Un VTC ou un vélo Gravel équipé de pneus larges est conseillé pour négocier les passages en chemins blancs, qui peuvent se révéler poussiéreux en été. Le balisage est moins dense que sur les grands axes nationaux : prenez un GPS ou une trace téléchargée. En contrepartie, vous roulerez dans un calme absolu, loin de l’affluence estivale du littoral.
4. Circuit des plages du Débarquement : la Côte de Nacre
Relier la ville à la mer, puis longer le littoral chargé d’histoire, voilà l’essence de ce circuit mémoriel d’environ 29 kilomètres. Depuis Caen, on emprunte d’abord la voie verte du canal jusqu’à Ouistreham. Une fois le Pegasus Bridge derrière soi, on bifurque vers l’ouest pour suivre les traces du D-Day sur les secteurs historiques de Sword Beach et Juno Beach. L’itinéraire emprunte par tronçons La Vélomaritime, l’EuroVelo 4 qui longe toute la Manche.

La portion la plus marquante reste la digue. Le bitume y est souvent partagé avec les piétons, surtout en juillet et août, mais la vue vaut largement le détour : la mer à perte de vue d’un côté, et de l’autre, les villas Belle Époque d’Hermanville-sur-Mer et de Lion-sur-Mer. Des bunkers éventrés, des stèles commémoratives et des vestiges du Mur de l’Atlantique jalonnent la route, rendant chaque kilomètre instructif.
Pour éviter un retour vent debout sur le front de mer, les cyclistes aguerris peuvent tracer une boucle vers l’intérieur des terres. La station radar de Douvres-la-Délivrande, transformée en musée, offre une échappatoire culturelle avant de repiquer vers Caen. La présence de nombreux labels Accueil Vélo le long du trajet garantit des points d’eau et un parking sécurisé à proximité des sites majeurs. Pour ceux qui souhaitent pousser plus à l’ouest sans se soucier du retour, la gare de Bayeux permet de charger son vélo dans un TER Nomad pour regagner Caen en vingt minutes.
5. Le Périph’vélo : la boucle urbaine de Caen
Le vélo ne sert pas qu’à s’évader au vert ; il peut aussi devenir un mode de visite urbaine malin. À Caen, le Périph’vélo est un anneau cyclable sécurisé qui ceinture l’hypercentre. Il relie les quartiers sans plonger dans la circulation dense du centre piéton, et il cumule actuellement 7,7 kilomètres opérationnels sur un objectif final de 12. Sa particularité ? Une signalétique au sol couleur brique qui guide le cycliste sans jamais lever le nez du guidon.
Conçu par Caen la mer, ce périphérique doux mise d’abord sur la sécurité. La vitesse des voitures est plafonnée sur les sections partagées, et des aménagements spécifiques (couloirs larges, priorité aux feux) fluidifient le trajet. Le parcours dévoile la ville autrement : on longe des parcs arborés, on passe au pied du lycée Malherbe et du Cours Koenig, et on aperçoit les flèches de la « ville aux cent clochers » avec une belle perspective.
Pour les familles caennaises ou les touristes logés en ville, cette boucle est un excellent test de matériel avant de s’attaquer aux grandes véloroutes. Son revêtement neuf, sans flaque ni nid-de-poule, la rend confortable. Elle sert aussi de point de jonction : le Périph’vélo connecte directement les radiales majeures comme la voie verte du canal ou celle de la Suisse Normande. En vingt minutes, on traverse des ambiances variées, du quartier étudiant à la zone historique, sans jamais subir la pression du trafic urbain.
6. Boucle n°15 : patrimoine et châteaux en vallée de la Laize
Ce circuit, destiné aux pratiquants entraînés, offre une sortie franchement vallonnée. La boucle n°15, longue de 38 kilomètres, se trouve au sud-est de Caen. Pour l’atteindre, il faut emprunter la voie verte de la Suisse Normande en direction de Thury-Harcourt, puis bifurquer au Pont-du-Coudray. La liaison aller-retour ajoute environ 22 kilomètres au compteur : mieux vaut partir tôt le matin.
Le balisage, avec des pastilles rouges spécifiques au département du Calvados, facilite l’orientation sur les petites routes de campagne. Très vite, on pénètre dans le Val de Laize. La rivière a creusé ici un sillon plus encaissé, offrant une fraîcheur salutaire lors des chaudes journées d’été. Le parcours traverse Bretteville-sur-Laize et offre des vues sur des châteaux privés, témoins d’un riche passé seigneurial. Le site des anciennes carrières de la Roche Blain, dominé par un imposant viaduc routier, marque une étape spectaculaire.
On se retrouve soudain au fond d’une vallée quasi méditerranéenne, avec une nature qui a repris ses droits sur l’industrie du siècle dernier.
Le contraste entre l’or du calcaire et le vert des forêts y est saisissant.
Le profil n’a rien d’une promenade de santé. Les fortes côtes, notamment en remontant sur le plateau, sollicitent les cuisses, et les descentes techniques exigent de bons freins. Un vélo Gravel ou un VTC solide est indispensable. C’est le prix à payer pour s’extraire de la monotonie des plaines et mesurer le relief discret, mais bien réel, du bocage normand. À l’arrivée, le plaisir d’avoir traversé la vallée l’emporte largement sur la fatigue accumulée.















